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L’appel de la nature - Terre à Terre - N°3 - Avril 2026
Forêts, calanques, sentiers littoraux : avec 30 millions de randonneurs et 10 millions de visiteurs dans les parcs nationaux chaque année, les Français ont soif d’espaces naturels. Le plus souvent gratuits, accessibles et sources de bien-être, ces écosystèmes sont aussi fragiles. Surexploitation, pollution, espèces invasives, changement climatique… 78 % des habitats français sont en mauvais état et 18 % des espèces ont disparu selon l’Observatoire national de la biodiversité.
Alors comment concilier notre besoin de nature avec sa préservation ? C’est le défi porté par la Stratégie nationale biodiversité (SNB) : réduire les pressions sur les écosystèmes, les protéger et les restaurer, pour inverser la courbe du déclin.
Encadrer les pratiques, limiter certains usages, fixer des quotas… Des solutions se déploient pour mener cette réconciliation. Nous les explorons dans ce numéro 3 de Terre à Terre, à travers le témoignage du Parc national des Calanques où des mesures fortes tentent d’endiguer la surfréquentation ou encore avec le déploiement du projet LIFE Espèces marines mobiles qui vise à sauver 23 espèces menacées d’ici 2030 sur les côtes. Enfin, la forêt de Fontainebleau révèle, elle aussi, ses clés d’une gestion durable pour favoriser son renouvellement et son adaptation au changement climatique.
La Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), souvent appelée le "GIEC de la biodiversité", a publié en 2019 un rapport évaluant l’état de la biodiversité et des services écosystémiques mondiaux sur les cinquante dernières années.
Ce bilan a révélé cinq principales pressions anthropiques qui impactent gravement la nature à l’échelle mondiale. Ces facteurs agissent simultanément, et parfois en synergie, amplifiant les pressions subies par les espèces.
(1) Hexagone, Guyane, Martinique, Guadeloupe et La Réunion (18 220 ha/an hexagone)
(2) Volumes des débarquements dans l’hexagone : réf ifremer
Premier parc national « urbain » d’Europe, le Parc national des Calanques reçoit 3 millions de visiteurs chaque année. Destination populaire et renommée, il est l’un des espaces naturels protégés français les plus photographiés sur les réseaux sociaux. Pour lutter contre sa surfréquentation, le Parc a lancé, en 2022, un système de réservation gratuit ciblé sur la calanque de Sugiton.
Sur Sugiton, les plagettes pouvaient accueillir jusqu’à 3 500 personnes par jour : faute d’espace, les visiteurs finissaient par s’installer sur les zones de végétation, ce qui provoquait une dégradation des habitats naturels, une forte érosion avec du sol qui glissait vers la mer et des pins menacés de se déchausser. Elle a aussi une configuration particulière : sa topographie, très pentue, très fragile, n’a rien à voir avec d’autres calanques du Parc. C’est cette combinaison d’une forte fréquentation et d’une grande vulnérabilité naturelle qui nous a conduit à agir. À terme, les paysages et l’identité même de la calanque de Sugiton menaçaient de disparaître.
Les premiers résultats sont encourageants, surtout sur la flore. On observe déjà un ralentissement de l’érosion, la reformation d’humus, le retour de petites pousses de végétation et même de nouveaux pins qui s’installent. Cela montre que la végétation reprend d’elle-même lorsque la pression humaine diminue. Un bilan complet de l’évolution du site sera réalisé en 2027. Sur cette base, le conseil d’administration du Parc décidera de la poursuite, de l’arrêt ou de l’adaptation du dispositif de quota.
Avec le système de réservation, la calanque de Sugiton accueille 400 personnes maximum contre 3 500 auparavant.
© Jane Dziwinski - Parc national des Calanques
Les retours des visiteurs sont très positifs. La mesure a demandé un temps d’adaptation, notamment pour ceux qui avaient l’habitude d’aller régulièrement à Sugiton. C’était un vrai changement d’habitude pour un lieu auquel les Marseillais sont attachés. Il faut savoir qu’environ 70 % des visiteurs du parc sont des résidents de la métropole.
Aujourd’hui, beaucoup de visiteurs nous disent qu’ils reviennent à Sugiton alors qu’ils avaient fini par « fuir » la calanque à cause de la surfréquentation. Une phrase revient souvent : « On vient moins, mais on vient mieux. ». Les visiteurs apprécient de retrouver de la tranquillité, ce qui correspond davantage au caractère du Parc national : un lieu d’apaisement, de ressourcement et de quiétude.
La perception de la mesure a aussi été facilitée par le travail de communication et d’information réalisé en amont. Pendant près d’un an et demi avant la mise en place de la réservation, la presse a beaucoup relayé le sujet. Cela a nourri le débat public. Les réseaux sociaux ont également contribué à cette prise de conscience. Sur Instagram, par exemple, des usagers se sont même engagés à moins venir et à moins partager de photos du site pour réduire la pression.
De notre côté, nous avons mené une réflexion autour du « démarketing ». L’idée n’était pas de décourager les visiteurs mais plutôt de rétablir une image réaliste du territoire et d’éviter d’alimenter une attractivité excessive sur certains sites très fragiles. Cela nous a notamment conduit à assumer et diffuser des photos montrant la surfréquentation estivale à la place des photos habituelles de plages de rêve et d’eau cristalline.
Phoque gris (à gauche) et veau marin (à droite) en baie d’Authie
© Benjamin Guichard / OFB
Sur les plages fréquentées du Parc naturel marin des estuaires picards et de la mer d’Opale, les phoques peuvent désormais se reposer avant de retourner à la mer, loin des regards.
La démarche « Îlot de tranquillité » initiée en 2020 par le Groupe mammologique normand est désormais déployée par le Parc naturel marin et Picardie nature. Elle s’inscrit dans le projet LIFE Espèces marines mobiles.
Ce projet, coordonné par l’Office français de la biodiversité (OFB) et co-financé par l’Union européenne, vise à réduire les principales causes de mortalité de 23 espèces marines d’ici 2030 dont le phoque gris.
👉 Sensibles au stress (agitations, bruits, chiens, drones…), les phoques dépensent de l’énergie inutilement, ce qui peut menacer leur survie. Un « Îlot de tranquillité » sur une plage fréquentée est une zone de quiétude temporaire délimitée pour que les phoques puissent se reposer avant de retourner à la mer.
Après la Normandie, les Hauts-de-France ont rejoint cette démarche pour la préservation des phoques qui compte désormais 16 communes engagées.
Fort-Mahon-Plage a été la première commune du Parc naturel marin à s’engager dans cette initiative, lors d’une signature organisée le 8 avril 2026.
📖 En savoir plus sur la démarche « Îlot de tranquillité » au sein du Parc naturel marin des estuaires picards et de la mer d’Opale
🦭 Découvrez le compte Linkedin du projet LIFE Espèces marines mobiles
© Dominique Amon-Moreau/ONF
« La forêt de Fontainebleau a une multitude de paysages, très diversifiés, c’est ce qui fait sa richesse et son caractère unique », explique Alexandre Butin, responsable adjoint de l’unité territoriale de Fontainebleau (ONF) d’Île-de-France Est.
Gérée par l’Office national des forêts (ONF), la forêt de Fontainebleau illustre une gestion où accueil du public, préservation de la biodiversité et valorisation de la ressource en bois sont indissociables. Cet équilibre se traduit par une diversité de statuts et de pratiques : certains espaces sont particulièrement ouverts aux loisirs, d’autres temporairement restreints, des réserves biologiques dirigées accessibles sur sentiers uniquement et des réserves biologiques intégrales interdites au public, comme celle de la Tillaie.
N°3 - Avril 2026
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